PETER AERSCHMANN [ video art ]

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WHERE ARE YOU?

Raphaël Brunel, paris-art.com, 2008

La Galerie Anne de Villepoix convie, pour son exposition de rentrée, l’artiste suisse Peter Aerschmann, déjà acteur il y quelques mois de l’exposition collective «Theatrum Mundi». Il propose une série de vidéos qui interroge, par une mise en scène singulière du mouvement, les notions d’espace-temps et de flux.
Peter Aerschmann crée ses vidéos à partir d’un patchwork d’images captées, principalement dans l’espace urbain, au cours de ses voyages. Il réunit au ein d’une même scène un ensemble hétéroclite de séquences animées décontextualisées, une série de morceaux dont l’assemblage n’est pas prédéterminé. A l’aide d’un logiciel informatique, il compose un territoire neutre, sans perspectives visuelles et narratives, qui accueille aléatoirement ces différents éléments.
La convergence de ces échantillons au sein d’un nouveau contexte détermine un espace-temps non plus défini par un flux continu d’images mais par un assemblage factice de mouvements brefs. En utilisant la technique du looping, qui permet de répéter indéfiniment le même geste, il pose la question du corps dans l’espace, mais interroge également les spécificités de la vidéo.
La mise en boucles des différents éléments offre une chorégraphie délirante et absurde, théâtralise les images de la vie quotidienne et de l’espace urbain, qui constituent pour Peter Aerschmann une intarissable banque de données, produit de véritables tableaux animés. Si chaque mouvement parait indépendant, il n’en participe pas moins d’un ensemble, d’une grande mécanique qui s’ouvre sur un univers fantasmé.
Ainsi dans Flags, Peter Aerschmann plante une rangée d’immeubles et une armée d’agents de voierie dans un espace numérique gris. Chaque personnage est identique et porte un drapeau vert - à l’exception du personnage central qui en tient un rose. Ils répètent le même geste à quelques secondes d’intervalle. Peter Aerschmann transforme ainsi une scène banale en un ballet surréaliste gracieux et hypnotisant, piochant dans la vie quotidienne la matière d’une poésie décalée.
Le mouvement tient également une place importante dans la réalisation, comme le montrent Paternoster ou 5th Avenue, qui reposent sur des déplacements de caméra comme le travelling vertical et latéral. Ces effets permettent d’insuffler une sorte de dynamisme narratif aux oeuvres.
Projetée sur un mur de la galerie, «Where are you?» est une vidéo interactive qui utilise les propriétés de la téléphonie mobile. Dans un espace toujours plus neutre, des silhouettes déambulent, masse informe et indissociable, foule quotidienne des grandes villes, jusqu’à ce que l’une d’elle reçoive ou envoie un SMS. Elle sort alors de l’anonymat, devient identifiable.
Le spectateur est invité à envoyer un message, qui sera attribué aléatoirement à l’un des personnages fictifs. Au-delà de la dimension ludique de cette oeuvre, Peter Aerschmann confronte les notions d’identité et de technologie, souligne le rôle et l’influence de ce type de dispositifs dans nos comportements quotidiens.
En s’inspirant du monde réel, Peter Aerschmann crée des chorégraphies digitales qui interrogent le mouvement dans l’espace, qui réduisent le flux d’images vidéo à un instant sans cesse répété, troublant ainsi nos habitudes de perception.

Raphaël Brunel, paris-art.com, 2008